La place de la femme au Maroc

Après le Printemps arabe, je m’interroge. On parle beaucoup de l’actualité tunisienne, on sait combien la situation est complexe en Algérie. Un pays fermé depuis des années et où à mon grand regret je n’ai pas pu remettre les pieds depuis la fameuse élection qui fît sortir le Fis vainqueur des urnes. Mais on parle finalement peu du Maroc. Je me pose la question de la situation des femmes marocaines. Et quand je dis femmes, je ne parle pas de la diaspora qui nous offre des exemples parfaits –je pense notamment à Najat Vallaud-Belkacem- ou à l’élite dont les filles peuvent évoluer en bikini au bord de piscines -dont l’accès est hors de prix pour le Marocain moyen- sans être inquiétées. Je m’interroge sur toutes celles que l’on ne voit pas, qui circulent le moins possible et sous haute surveillance. Et qui lorsqu’elles ont la chance d’aller au bord de la mer, doivent superposer trois épaisseurs de djellaba, au risque de se noyer dans cette avalanche de tissu.
Grave avant l’âge

J’en ai rencontré une et après moult cafés au lait et délicieuses pâtisseries avec sa mère, ses tantes, cousins et son petit frère, la discussion s’engage en aparté. Délicate. Elles savent que je suis journaliste ; Je ne veux pas qu’elles trouvent mes questions déplacées. Il s’agit de leur intimité. Je la sais brillante élève et pleine d’ambition pour l’avenir. Elle a 17 ans. Jolie et posée, elle parle gravement. Oui après le lycée, elle rêve de suivre des études de médecine. Seulement voilà, au lieu d’être fier de sa fille brillante, le père oppose sa résistance. Et son avenir repose entre ses mains. Sa mère tient bon –pour le moment-, ses tantes la soutiennent et même ses frères qui subissent la poigne de fer de l’homme de la maison sont avec elle. Mais cela risque de ne pas suffire.

Tout d’abord, son lycée est mixte. Les garçons n’apprécient pas la concurrence des filles et leur font bien sentir. « On ne peut compter sur personne», m’explique-t-elle. Je lui demande alors si des professeurs femmes leur donnent des cours et si cela les aide, elle et ses camarades. La réponse me surprend : « c’est encore pire avec les enseignantes. » Elles ne leur passent rien, semblent même guetter l’erreur. J’essaie de comprendre : peut-être savent-elles combien ce qui attend ces jeunes étudiantes est difficile et pensent-elles ainsi les armer ? La question reste entière.
Comment les familles de ses deux meilleures amies envisagent-elles les études de leur fille. L’une d’elle a un père admirable qui la soutient et l’autre un père pire que le sien. Je m’interroge en silence : pire comment est-ce possible ? Je n’ose pousser l’interrogatoire. Je sais déjà que son père l’empêche de sortir et a refusé qu’elle travaille cet été dans un cabinet médical, pour approcher ce milieu qui la passionne et engranger quelque argent pour financer des études longues et couteuses. Je sais aussi qu’il dit à ses amies qui tapent à la porte qu’elle est absente. Elle n’a pas même pas eu le droit de choisir le tissu pour le « manteau » à capuche qui la couvre entièrement lorsqu’elle sort. Elle souffre d’ulcère et personne n’arrive à la soigner. « C’est pour cela que je veux être médecin. Ici sans argent, pas d’accès aux meilleurs soins. Les choses doivent changer. ». Les trois docteurs qu’elle a rencontrés ont fait un diagnostic différent et donné un traitement différent. » Sa tante lui donne en exemple une de ses cousines qui à force de s’affronter à son père, a pu mener sa vie selon ses choix. Seulement voilà, cette dernière a quitté le Maroc encore bébé. Partir à l’étranger serait-il la seule solution ?
Je la quitte le cœur serré en lui disant qu’il faut des femmes comme elle dans le monde entier pour que les choses changent. Et j’espère que son père ne choisira pas de la marier avant même qu’elle n’entame ses études ! Il va lui falloir lutter chaque instant sans jamais relâcher la garde. Elle le sait sûrement, ce qui explique la gravité de son regard pour une si jeune fille.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *