Les premiers de cordée du 8 mai 1945

 

Premier de cordée par Allan Barte

Premier de cordée par Allan Barte

Les premiers de cordée, cette réflexion du président de la république m’a conduit à une longue méditation.

Comme m’a fait sursauter sa déclaration à Jean-Pierre Pernaut en réponse à « Etes-vous le président des riches », il répond sans sourcilles « Les riches n’ont pas besoin d’un président. Ils se débrouillent très bien tout seuls. » Doit-on comprendre que le président n’est qu’une assistante sociale qui gère les cas sociaux ? Parce qu’alors la fonction serait en faillite totale au regard des milliers de SDF et des réfugiés qui errent dans les rues et des millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté  -environ 8,6 millions selon l’Insee, soit 14% de la population-! Je recommande à ce sujet le documentaire de Rachid Oujdi, tourné à Marseille : « J’ai marché jusqu’à vous ». On y entend des éducateurs spécialisés dénoncer l’indifférence qui conduit à laisser 64 mineurs dormir dans le froid alors que la loi impose leur mise à l’abri. L’indignation est d’autant plus grande lorsque l’on met en perspective la taille de cette ville avec une population proche de 900 000 habitants. Dans une ville de 900 000 habitants, on ne peut pas trouver un lieu pour une poignée d’enfants et d’adolescents ! Mais revenons à nos riches qui n’ont pas besoin d’un président. Vive l’anarchie du coup ? L’anarchie capitaliste du marché roi, de la finance internationale qui pourrait ainsi se gaver de dividendes en exploitants les enfants travaillant dans les mines ou dans les usines de confection dans une encore plus grande impunité ?

Mais qui sont les premiers de cordée ? Selon notre président, qui ne manque jamais de verve pour invectiver « ceux qui ne sont rien » et les opposer à ceux qui réussissent -vous savez ils se croisent dans les gares-, les premiers de cordée seraient ceux qui portent des costumes, ceux qui gagnent des millions. Les footballeurs sont donc de grands premiers de cordée. Ils gagnent bien leur vie, peuvent s’offrir une Rolex avant 50 ans. En revanche, les paysan.n.e.s du Larzac, qui ont affronté l’armée durant 10 ans, qui depuis 1981 démontrent par l’exemple que la terre gérée collectivement est un projet d’avenir -non contents de prospérer ces paysan.n.e.s font du photovoltaïque, des plaquettes de bois pour le chauffage collectif-,  seraient personne car ils ont choisi de ne pas « posséder » la terre ? Ce « personne » fait pourtant tellement peur que tout projet collectif à Notre-Dame-des-Landes est rejeté, que le gouvernement s’y oppose sans donner de justification. Est-il tellement difficile d’envisager un instant que les premiers de cordée, ceux et celles qui montrent la voie, ne doivent pas forcément être choisi.e.s pour leur pesant d’or mais pour leur sens de l’intérêt général, pour leur grandeur d’âme, pour leur ouverture d’esprit, pour leur courage aussi ? J’ai eu la faiblesse de croire qu’un homme aussi cultivé, accompagné dans la vie par une femme de lettres, sensible aux philosophes des lumières, pourrait agrandir le cercle des possibles. Je pensais la France capable aussi admirer les hommes et les femmes qui patrouillent dans la nuit, le froid et la neige pour sauver d’une mort certaine des hommes et des femmes qui fuyant la guerre et la misère se perdent dans nos montagnes. Je pensais que nos héros et héroïnes de l’avenir rayonneraient d’un autre halo que celui de l’argent.

Mais la réponse à cette question : « Qui sont les premiers de cordée » m’a finalement été inspirée par une réflexion de ma fille. Elle s’interrogeait sur les origines sociales d’Emmanuel Macron. En apprenant que ses parents étaient médecins tous les deux, ce fut un cri du cœur : « Oh l’échec pour des parents médecins d’avoir un fils dans la finance ! ». Je ne sais pas si avoir un fils dans la finance représente un échec mais je sais en qu’en toute circonstance tout  dépend du point de vue dans lequel on se place. Oui les golden boys peuvent gagner des fortunes et vivre luxueusement mais qu’apportent-ils à la société sur le plan des valeurs, de l’éthique ? Je veux dire en dehors de la crise des subprimes ou du jeudi noir de 1929, en dehors de la spéculation sur les céréales et des dividendes toujours plus élevées pour les actionnaires ?

Nous sommes en droit de nous poser la question. Si l’on veut rester dans l’esprit binaire et simpliste du raisonnement de notre président : « les riches, les pauvres ». « Ceux qui réussissent, ceux qui ne sont rien », on peut aussi se demander où sont les gentils et où sont les méchants ? En ce 8 mai, on peut aussi se demander qui sont ceux qui rougi de leur sang les plages de Normandie ? Dans quelle catégorie a-t-on été chercher les soldats du débarquement. Qui sont ceux, qui les premiers, se sont fait tirer comme des lapins depuis la plage ? Qui étaient les premiers de cordée le 8 mai 1945 ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1 Commentaire

  1. Sylvain

    Je ne suis pas un adepte de Macron, je rejette d’ailleurs toute étiquette politique, mais ce qui m’inquiète bien plus que sa politique libérale (dans laquelle tout n’est pas à jeter) et ses propos parfois déplacés, c’est son absence totale de volontarisme dans la lutte contre l’intégrisme et les nouvelles formes de fascisme caractérisant la France contemporaine (en particulier le PIR et la mouvance « indigène »). Le fait qu’il recule sans cesse son discours sur la laïcité et qu’il ait choisi Edwy Plenel (les rescapés de Charlie Hebdo ont dû apprécier !) pour l’interviewer me semble sur ce point assez inquiétant. Pour le reste, je vous rejoins assez largement, et des propos tels que « ceux qui ne sont rien » sont effectivement choquants. Tout comme la baisse des APL. Mais ce qui m’inquiète le plus, c’est que ce genre de bourdes peut favoriser des partis extrémistes actuellement dans l’opposition, et dont l’arrivée au pouvoir serait fatale à la République…ou ce qu’il en reste.
    Bien à vous.

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