Nous les filles de nulle part

Nous les filles de nulle part, d'Amy Reed aux éditions Albin Michel

Nous les filles de nulle part, d’Amy Reed aux éditions Albin Michel

 

Lorsque j’ai reçu l’offre de service presse pour ce nouveau roman, le titre m’a tout de suite interpellée : « Nous les filles de nulle part ». Il pouvait annoncer le pire comme le meilleur. Mais je lis « Vous en avez marre ? Vous avez peur ? Vous en avez marre d’avoir peur ? Vous êtes en COLÈRE. On sait ce qu’ils ont fait. Vous êtes prêtes à agir ? A ne plus vous taire ? Rejoignez-nous », et mon cœur de midinette ne fait qu’un tour. Je le commande et quand je l’ouvre il m’explose à la tête. Bon il faut passer quelques pages avec de multiples personnages.Prendre le temps de faire connaissance avec les héroïnes principales. Trois jeunes femmes : une jeune émigrée mexicaines en rébellion contre le poids écrasant du devoir et de la famille, une asperger incisive, une jeune potelette reniée dans sa précédente ville en raison des « incartades » d’une mère pasteure passionnée.Mais très vite, cette histoire me saisit pour ne plus me lâcher.

En cette période de Me too et de Balance ton porc, on trouve là l’écho de la vie de lycéennes américaines. On touche au sujet sensible « le consentement, que signifie-t-il ? » On découvre des jeunes femmes en lutte entre la virginité imposée et le désir imposé des petits caïds du lycée avec qui il est de bon ton d’être « conciliante ». Et surtout, surtout, ce livre aborde l’indicible. Toutes les choses qu’une mère voudrait faire comprendre à sa fille adolescente mais qu’il est si difficile d’aborder sans être anxiogène.. Comment la mettre en garde, lui apprendre que le danger peut venir de son « amoureux » ? D’un ami ou de celui qu’on prend comme tel et qui surement se sent ami mais qui n’a pas appris les limites. Un monde où tout n’est pas noir et blanc. Le groupe de jeunes filles, même pas rebelles, juste écœurées de subir les attitudes déplacées  des célébrités de leur établissement -qui au prétexte de faire partie de l’équipe de foot agissent en totale impunité- ressent l’intuition, à un moment, l’injustice de tout ce qu’elles subissent; Il aura fallu pour cela que l’une d’entre elles évoquent le viol et soit mise  au ban de la communauté pour qu’elles interrogent leur propre comportement. Leur mauvaise conscience finalement .va les guider vers la voie de la liberté, de la solidarité et juste de  l’échange. Elles en ont tellement des choses à se dire lorsque les barrières tombent et qu’elles osent la franchise. Qu’enfin elles parlent vrai de leur sexualité, de leur désir et de la chape de plomb sociale, familiale qui pèse sur leurs épaules.

Un livre à conseiller absolument aux adolescent.e.s. Un livre que je serais heureuse de voir entre les mains de garçons. Car l’on en revient toujours à l’éducation, au patriarcat qui impose ses règles depuis tellement de millénaires qu’on les intègre et les reproduit sans même en avoir conscience. Pour celles et ceux en pleine interrogation, un roman de littérature jeunesse qui certes parle cru mais aborde la réalité sans fard.

Un message à retenir, ensembles, unies, solidaires, les femmes cessent d’être des proies.

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